Les leçons évoluent avec nous

Lecons de vie entrepreneure gestion du temps

Les leçons évoluent avec nous

Prépare-toi à être efficace… mais surtout à avancer dans la bonne direction

À 18 ans, j’ai commencé à travailler chez St-Hubert.

Comme bien des jeunes de mon âge, j’étais surtout contente d’avoir trouvé un emploi. J’avais envie d’apprendre, de faire les choses correctement et de gagner un peu d’argent.

Je ne me doutais pas qu’une personne allait influencer ma façon de travailler pendant les 35 années suivantes.

Elle s’appelait Paula.

C’était ma gérante.

Une femme exigeante, directe et incroyablement efficace.

Elle remarquait tout. 

Les tables qui attendaient. Les assiettes qui s’accumulaient. Les serveuses qui faisaient trois allers-retours alors qu’un seul aurait suffi.

Et elle avait toujours une petite phrase à lancer au bon moment.

« Fais un voyage, pas trois. »

« N’entre jamais dans la cuisine les mains vides. »

« Commence par ce qui bloque tout le reste. »

À l’époque, je voyais ces phrases comme de simples conseils pour mieux faire mon travail.

Aujourd’hui, je réalise qu’elles m’ont appris bien plus que servir des repas.

Elles ont façonné ma façon de m’organiser, de prendre des décisions, de gérer mon temps et d’accompagner les entrepreneures avec qui je travaille.

Mais avec les années, j’ai aussi découvert quelque chose d’inattendu.

Les habitudes qui nous permettent de réussir à une étape de notre vie peuvent parfois devenir celles qui nous empêchent d’évoluer.

Parce qu’une qualité, lorsqu’on l’applique sans la remettre en question, peut finir par devenir un piège.

Et c’est probablement la plus grande leçon que Paula m’a laissée.

En repensant à Paula, je réalise que chacune de ses leçons avait sa raison d’être.

Le véritable défi n’était pas de les suivre à la lettre.

C’était de savoir quand les adapter.

Voici les cinq leçons qu’elle m’a laissées… et ce qu’elles m’ont appris, 35 ans plus tard.

La première leçon : être efficace ne suffit pas

La première phrase de Paula qui s’est gravée dans ma mémoire, c’est celle-ci :

« N’entre jamais dans la cuisine les mains vides. »

Quelques minutes plus tard, elle pouvait ajouter :

« Fais un voyage, pas trois. »

À l’époque, je voyais ça comme de simples consignes pour mieux servir les clients.

En réalité, elle était en train de m’apprendre à travailler.

À réfléchir avant d’agir.

À observer ce qui pouvait être fait pendant que j’étais déjà en mouvement.

À éviter les détours inutiles.

Rapidement, cette façon de penser est devenue un réflexe.

Et ce réflexe m’a suivie bien après avoir quitté le restaurant.

J’ai toujours aimé organiser.

Planifier.

Structurer.

Trouver la façon la plus simple et la plus efficace de faire les choses.

Encore aujourd’hui, cette capacité me sert énormément.

Elle me permet de gagner du temps, de simplifier les processus et d’aider les entrepreneures que j’accompagne à retrouver de la clarté.

Mais avec les années, j’ai découvert que cette qualité avait aussi un angle mort.

À force de vouloir optimiser chaque minute, j’avais commencé à remplir chaque minute.

Le moindre espace libre devenait une occasion d’ajouter une tâche.

Un appel annulé?

J’en profitais pour répondre à quelques courriels.

Une heure qui se libérait?

Mon cerveau trouvait immédiatement de quoi l’occuper. Comme si laisser une heure vide était une perte de temps. 

J’avais appris à être efficace.

Je n’avais jamais appris à laisser de l’espace.

Et je retrouve souvent ce même réflexe chez les entrepreneures que j’accompagne.

Leur agenda est plein.

Les courriels sont répondus.

Les suivis sont faits.

Les petites urgences disparaissent une à une.

Elles ont l’impression de passer leurs journées à avancer.

Pourtant, lorsqu’on prend un peu de recul, on réalise souvent que les projets qui pourraient réellement transformer leur entreprise sont toujours repoussés à « plus tard ».

C’est là que j’ai compris quelque chose.

L’efficacité est un moyen.

Pas une destination.

On peut être extrêmement efficace…

Et consacrer toute son énergie aux mauvaises choses.

On peut même devenir très efficace… à éviter ce qui compte vraiment. 

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Elle m’a appris à gagner du temps.

La vie m’a appris que le plus important n’est pas d’en gagner.

C’est de choisir où on décide de l’investir.

Mais avant même de savoir où investir son temps, encore faut-il savoir si on avance dans la bonne direction. C’est la deuxième chose que Paula m’a apprise, sans même le savoir. 

Deuxième leçon : avant d’aller vite, assure-toi d’aller au bon endroit

Pendant longtemps, je me suis posé la mauvaise question.

Comment puis-je faire ça plus rapidement?

Je me la posais constamment. 

Comment gagner du temps?

Comment être plus efficace?

Comment en faire davantage dans une journée?

Avec le recul, je réalise que toutes ces questions avaient un point commun : elles parlaient de vitesse.

Jamais de direction.

Et pourtant, on peut aller très vite…

Dans la mauvaise direction.

Pendant des années, j’ai confondu être occupée avec avancer.

Je pensais que, si ma journée était bien remplie, c’était forcément une bonne journée.

Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas si simple.

Je crois que c’est l’un des pièges les plus fréquents chez les entrepreneures.

On remplit nos journées de tâches utiles.

On répond aux courriels.

On prépare une publication.

On met notre site Web à jour.

On suit une nouvelle formation.

On commence un nouveau projet parce qu’il semble prometteur.

Puis un autre.

Et un autre.

À la fin de la semaine, on a travaillé sans arrêt.

Mais lorsqu’on s’arrête quelques minutes, une question demeure :

Qu’est-ce qui m’a réellement fait avancer? 

Ce n’est pas toujours une question facile.

Parce qu’on aime avoir l’impression d’être productive.

Cocher des tâches procure une satisfaction immédiate.

Choisir de ne pas faire certaines choses, beaucoup moins.

Aujourd’hui, avant de me demander comment faire une tâche plus rapidement, j’essaie d’abord de répondre à une autre question.

Est-ce que cette tâche mérite vraiment mon temps et mon énergie… ou est-ce qu’elle occupe simplement mon temps? 

 

La réponse est parfois inconfortable.

Parce qu’elle m’oblige à reconnaître que certaines tâches sont simplement devenues des habitudes.

Je les fais parce que je les ai toujours faites.

Pas parce qu’elles sont encore utiles.

C’est là que j’ai compris que l’efficacité, à elle seule, ne suffit pas.

On peut optimiser un processus.

Réduire le temps nécessaire pour accomplir une tâche.

Mieux s’organiser.

Mais si cette tâche ne nous rapproche pas de ce qu’on veut réellement construire…

On optimise simplement un détour.

Et personne n’arrive plus vite à destination en prenant le mauvais chemin. 

Avec le recul, je crois que la véritable leçon de Paula n’était pas de me faire aller plus vite.

C’était de m’apprendre que chaque déplacement devait avoir un sens.

Aujourd’hui, cette idée guide encore ma façon de travailler.

Je préfère avancer un peu moins vite…

Mais avancer vers quelque chose qui compte vraiment.

Et savoir où on s’en va, ça implique aussi de reconnaître ce qui, justement, nous empêche d’avancer. C’est la leçon suivante, probablement celle que j’ai mis le plus de temps à vraiment comprendre. 

 

Troisième leçon : ce qui bloque mérite ton attention

Si une commande retardait toute la cuisine, on s’en occupait en priorité.

Si une pile d’assiettes empêchait les serveuses de circuler, on la faisait disparaître.

On ne contournait pas le problème.

On le réglait.

Avec les années, j’ai réalisé que, dans la vie, nous faisons souvent exactement l’inverse.

Nous nous attaquons à ce qui est facile.

À ce qui est rapide.

À ce qui donne l’impression d’avancer.

On répond à quelques courriels.

On classe des dossiers.

On planifie la semaine.

On réorganise notre agenda.

Toutes ces tâches sont utiles.

Et c’est justement ce qui les rend si dangereuses.

Parce qu’elles nous donnent la satisfaction d’avoir été productifs… sans nous obliger à affronter ce qui nous pèse vraiment.

Mais elles ont parfois un point commun : elles nous évitent d’affronter ce qui compte vraiment.

La conversation difficile qu’on repousse depuis des semaines.

La décision qu’on hésite à prendre.

Le projet qu’on sait devoir abandonner.

La limite qu’on tarde à mettre.

Ces situations occupent rarement beaucoup de temps.

Pourtant, elles nous suivent partout. 

En revanche, elles occupent énormément d’espace dans notre tête.

On y pense en conduisant.

Sous la douche.

Avant de s’endormir.

Pendant une réunion.

Même pendant un souper en famille, elles trouvent une façon de revenir nous visiter.

Sans même s’en rendre compte, elles deviennent une fuite d’énergie constante.

Et plus on les évite, plus elles prennent de place.

C’est un peu comme laisser un voyant rouge allumé sur le tableau de bord de sa voiture.

Au début, on essaie de l’ignorer.

Puis, tranquillement, on finit par conduire en faisant comme s’il faisait partie du décor.

C’est quelque chose que j’observe souvent chez les entrepreneures que j’accompagne.

Elles ont l’impression d’être débordées.

Pourtant, lorsqu’on prend le temps d’explorer ce qui les préoccupe vraiment, on découvre souvent qu’un seul dossier monopolise toute leur énergie.

Pas parce qu’il est compliqué.

Parce qu’il est inconfortable.

Et ce qui est inconfortable est presque toujours plus fatigant que ce qui est difficile. 

Le paradoxe, c’est que les choses que nous repoussons le plus sont souvent celles qui nous libéreraient le plus rapidement.

On imagine des scénarios pendant des semaines…

Puis, le jour où on passe enfin à l’action, on se demande pourquoi on a attendu aussi longtemps.

Avec le recul, je comprends que Paula ne me demandait pas seulement de régler un problème.

Elle m’apprenait à reconnaître ce qui mérite réellement mon attention.

Parce qu’il suffit parfois d’affronter une seule chose pour que tout le reste recommence à circuler.

Et bien souvent, ce n’est pas parce que cette chose est la plus urgente.

C’est parce que c’est elle qui retenait tout le reste.

Il y a un blocage en particulier qu’on met souvent plus de temps à voir… parce qu’il ne ressemble pas à un problème…

Quatrième leçon : prendre soin des autres… sans s’oublier

S’il y a une chose que le service à la clientèle m’a apprise, c’est à être attentive.

À observer.

À anticiper.

À remarquer ce dont les autres avaient besoin avant même qu’ils le demandent.

Dans un restaurant, c’est une qualité précieuse.

Un client qui attend son café.

Une table qui manque d’eau.

Un collègue qui a besoin d’un coup de main.

Plus on développe ce réflexe, meilleur est le service.

Et Paula encourageait cette façon de travailler.

Elle nous apprenait à regarder plus loin que notre propre section.

À voir ce qui se passait autour de nous.

J’ai longtemps cru que cette qualité ne pouvait avoir que des avantages.

Aujourd’hui, je sais qu’elle peut aussi avoir un coût.

Lorsqu’on devient très bonne pour anticiper les besoins des autres, on finit parfois par ne plus entendre les siens.

Et le plus sournois dans tout ça, c’est qu’on ne s’en rend même pas compte. On a simplement l’impression d’être une personne généreuse. Disponible. Dévouée.

Puis, un jour, on réalise qu’on est devenue la personne sur qui tout le monde peut compter… sauf nous.

Et ce n’est pas quelque chose qui arrive du jour au lendemain.

C’est une accumulation de petits choix.

On reporte son entraînement parce qu’une cliente a besoin de nous.

On écourte son dîner pour terminer un dossier.

On répond à un courriel en soirée « juste cette fois ».

On remet au lendemain ce qu’on avait prévu pour soi.

Une fois, ce n’est pas grave.

Deux fois non plus.

Puis les semaines passent.

On se répète qu’on recommencera à prendre soin de soi quand ce sera plus calme. Après ce projet. Après cette période chargée. Après les vacances.

Comme si ce moment allait finir par apparaître tout seul dans notre agenda.

Mais il n’arrive jamais.

Pendant ce temps, nos propres besoins glissent tranquillement au bas de la liste.

Je vois cette réalité presque tous les jours.

Des entrepreneures profondément engagées.

Présentes pour leurs clientes.

Disponibles pour leur équipe.

Fiables pour leur entourage.

Elles donnent énormément aux autres.

Mais elles ont souvent beaucoup plus de difficulté à s’accorder ce qu’elles offrent si généreusement autour d’elles.

Mais lorsqu’on leur demande ce qu’elles font pour prendre soin d’elles-mêmes…

La réponse est souvent suivie d’un long silence.

Pas parce qu’elles ne veulent pas répondre.

Parce qu’elles réalisent, en même temps qu’elles cherchent leurs mots, qu’elles ne savent plus quoi répondre.

Comme si cette question ne leur était pas souvent posée.

Et chaque fois que ce silence s’installe, je trouve qu’il en dit beaucoup plus long que n’importe quelle réponse.

Avec le recul, je comprends que prendre soin des autres est une force.

Mais une force ne devrait jamais nous coûter notre équilibre.

Parce que les personnes qui donnent le plus sont souvent celles qui oublient le plus facilement de se garder une place.

Parce qu’on ne peut pas être présente pour tout le monde…

Si on est constamment absente de sa propre vie.

Et prendre soin de soi commence souvent par une chose qu’on aimerait éviter : prendre une décision que personne ne peut prendre à notre place.

Cinquième leçon : personne ne prendra les décisions à ta place

Parmi toutes les phrases de Paula, il y en avait une que personne n’aimait vraiment entendre.

« Personne ne va faire ta section à ta place. »

À l’époque, je trouvais cette phrase un peu dure.

J’espérais toujours qu’un collègue viendrait me donner un coup de main avant que tout déborde. 

Avec le recul, je comprends que Paula ne parlait pas seulement d’un quart de travail.

Elle parlait de responsabilité.

Elle nous rappelait que, même lorsqu’on est bien entouré, il y a des choses que personne ne peut faire à notre place.

Aujourd’hui, je retrouve cette même réalité dans le monde de l’entrepreneuriat.

On peut se former.

Se faire accompagner.

Demander conseil.

Échanger avec d’autres entrepreneurs.

Tout ça est précieux.

Et je suis la première à croire qu’on avance plus vite lorsqu’on est bien accompagné. 

Mais arrive toujours un moment où il faut décider.

Lancer cette nouvelle offre.

Augmenter ses prix.

Mettre fin à une collaboration.

Dire non à un projet.

Choisir une direction plutôt qu’une autre.

Et c’est souvent là que tout se complique.

Pas parce qu’on manque d’information.

Parce qu’on cherche une certitude.

On aimerait que quelqu’un nous dise : « Vas-y, c’est la bonne décision. »

Malheureusement, cette garantie n’existe pas.

La plupart des grandes décisions s’accompagnent d’une part d’incertitude.

Et c’est probablement ce qui les rend si difficiles. 

Ce n’est pas un signe qu’on est sur la mauvaise voie.

C’est simplement le prix à payer pour avancer.

Avec les années, j’ai compris que la clarté arrive rarement avant qu’on passe à l’action.

Pendant longtemps, j’ai attendu de me sentir prête avant de décider.

Aujourd’hui, je sais que c’est souvent l’inverse qui se produit.

Elle apparaît souvent en chemin.

Au fil des expériences.

Des ajustements.

Des erreurs aussi.

Avec le recul, je crois que la véritable leçon de Paula était celle-ci :

On peut recevoir de l’aide.

Des conseils.

Du soutien.

Mais personne ne peut choisir à notre place.

Parce qu’à force d’attendre la certitude, on finit parfois par laisser les circonstances décider pour nous. 

Et parfois, la décision qui nous fait le plus grandir n’est pas la plus facile.

C’est simplement celle qu’on a assez attendu.

Cinq leçons, cinq réflexes appris à 18 ans dans une salle à manger de St-Hubert. Mais s’il y a une chose que je retiens de tout ça aujourd’hui, c’est que ces leçons-là n’ont jamais cessé de bouger. 

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Les leçons évoluent avec nous

En repensant à Paula, je réalise qu’elle ne m’a pas seulement appris à être une meilleure serveuse.

Elle m’a appris à observer.

À m’organiser.

À prendre mes responsabilités.

À travailler avec rigueur.

Et pour ça, je lui serai toujours reconnaissante.

À 18 ans, je croyais qu’elle m’apprenait simplement à être plus efficace.

Je ne pouvais pas imaginer que, 35 ans plus tard, je repenserais encore à ses petites phrases.

Certaines m’ont fait gagner un temps précieux.

D’autres m’ont obligée à évoluer.

Parce qu’une habitude qui nous fait grandir à une étape de notre vie peut devenir un frein à une autre.

Elles évoluent avec nous… ou elles finissent par nous freiner.

Aujourd’hui, je crois que grandir, ce n’est pas abandonner ce qu’on a appris.

C’est avoir suffisamment de recul pour se demander :

« Est-ce que cette façon de faire me sert encore… ou est-ce que je la répète simplement parce qu’elle a déjà fonctionné? »

Je ne sais pas ce que Paula est devenue.

Je ne sais même pas si elle se souvient de la jeune serveuse que j’étais.

Moi, je me souviens encore d’elle.

Il m’arrive encore d’entendre sa voix lorsque je travaille.

Et chaque fois, je souris en réalisant que ses leçons continuent de m’accompagner… même si je ne les applique plus exactement de la même façon.

Comme quoi, on ne réalise pas toujours l’empreinte que nos mots peuvent laisser dans la vie de quelqu’un.

Alors, j’aimerais te laisser avec une question.

Quelle habitude t’a déjà beaucoup aidé… mais est peut-être devenue un frein aujourd’hui?

Parce qu’au fond, les plus grandes leçons ne sont pas celles qu’on applique toute notre vie.

Ce sont celles qu’on apprend à faire évoluer.